C’est Wimbledon, temps des Gazon

Il a existé à Rennes une famille GAZON qui est une bonne illustration de l’ascenseur social à la sauce ancien régime.

Le premier connu, dans la 2ème moitié du 17ème siècle, est Mathurin GAZON, qui était maître pâtissier.

De ses 6 enfants mariés, les 2 filles ont épousé des marchands de draps de « soye », comme on écrivait à l’époque, profession également exercée par son fils Sébastien.

Ses 3 autres fils « s’extraient » du commerce : François est procureur au présidial de Rennes, Valentin est officier de Marine puis délégué de l’intendant à Bouée (non loin de Saint-Nazaire), Mathurin est receveur des fouages à Quimper.

Au niveau de ses petits fils on trouve encore 2 marchands de draps de soye, un à Rennes, l’autre à Paris, un conseiller au conseil supérieur de Chandernagor (Inde), un receveur des fouages à Quimper, un porte manteau du Roi (de ces charges dont on se demande toujours quelle était leur utilité à part encaisser des sous pour l’État), et un écrivain parisien  Sébastien Marie Mathurin GAZON DOURXIGNÉ, à la littérature oubliée, voire oubliable !

Il faut souligner, à ce stade, une dispersion géographique pas si courante à cette époque : Rennes, Bouée, Quimper, Paris, Inde.

A la 4ème génération on trouve encore un négociant à Rennes, un maître des eaux et forêts de la forêt du Gâvre, un qui continue la charge de receveur des fouages à Quimper (charge qui aura été tenue par cette famille de 1721 à la Révolution), et un avocat au Parlement de Paris.

A cette génération plusieurs relèvent de l’anoblissement par charges, et sont qualifiés d’écuyer dans les actes.

Cela n’empêchera pas Julien Marie GAZON d’embrasser les idées de la Révolution, de devenir commandant de la Garde Nationale à Blain (Ille et Vilaine) et de mourir dans un combat face aux chouans.

Une autre caractéristique de l’ascension sociale est l’adjonction de noms de terres au nom de famille.

On les trouve nommés, ou signataires sous différents intitulés : GAZON de CHAMPEAUX, GAZON de MAREUIL, GAZON DOURXIGNÉ, GAZON de LA MAISONNEUVE, GAZON des RIVIERES, GAZON de SAINT QUENTIN, et GAZON SANSTERRE !

Gazon Santerre

Archives de Rennes

Cela sent l’oxymore, la culture hors sol, ou simplement l’impossibilité. Imagine-t-on le gazon pouvoir pousser sans terre ?

Il s’agit de René François GAZON, que l’on trouve sous les intitulés de GAZON SANTERRE ou GAZON de SANTERRE, et qui fut porte manteau du Roi. Mais sa signature, en 1736 à Rennes, est sans conteste « GAZON SANSTERRE »

La preuve que le gazon ne peut pas vivre sans terre : et bien il se marie et meurt en 1747, end of the story !

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Naissances multiples, questions multiples

Peut-on avoir 6 enfants en 3 ans ?
Oui avec des naissances multiples.
C’est le cas de Julienne SIMON qui s’est mariée le 26 novembre 1671 à Maroué (aujourd’hui intégré à Lamballe, dans les Côtes d’Armor) avec Alain DOURXIGNÉ.
Elle a successivement 3 paires de jumeaux nés à Landéhen (à côté de Maroué) : Jean-Baptiste et Mathurin nés le 18 septembre 1672 ; Jeanne et Marie nées le 17 juillet 1674 ; Renée et Anne nées le 21 août 1675.

Sachant que la probabilité d’avoir des jumeaux est de 1/80, celle d’avoir 3 fois de suite des jumeaux serait de 1/80 x 1/80 x 1/80 = 1/512000 !

Ils auront encore 4 autres enfants nés en 1677, 1680, 1681 et 1683.
De ces 10 enfants on n’en connaît qu’une seule, Anne DOURXIGNÉ, née en 1675, qui se soit mariée et a eu une descendance.
Vous pouvez retrouver leur généalogie sur Généanet.

Cette famille DOURXIGNÉ tire certainement son nom du lieu-dit « Ourxigné », aujourd’hui « Oursigné », situé sur la commune de Meslin (toujours dans les Côtes d’Armor, non loin à l’ouest de Lamballe).

Oursigné Géportail

Carte IGN via Géoportail

Le manoir d’Ourxigné a appartenu du 16ème au 18ème siècle à un famille BOSCHIER. Et on retrouve plusieurs membres de cette famille BOSCHIER parrains et marraine des enfants DOURXIGNÉ du début du 17ème siècle.

En voici 2 dessins réalisés par Henri FROTIER de LA MESSELIERE pour son livre « Au cœur du Penthièvre » :

Ourxigné vue 1 Ourxigné vue 2

 

Si l’on fait une recherche sur OURXIGNÉ / DOURXIGNÉ on ne trouve que trois occurrences :

– La famille DOURXIGNÉ qui « tombe en quenouille » au 18ème siècle, et donc le nom a disparu

– La famille BOSCHIER dont certains membres utilisent comme nom « BOSHIER d’OURXIGNÉ », et qui tombe également en quenouille au 18ème siècle.

– Et la famille GAZON DOURXIGNÉ dont je ne connais que 2 ou 3 représentants : Mathurin GAZON / GAZON DOURXIGNÉ, conseiller du Roi, receveur des fouages extraordinaires de l’évêché de Cornouailles à Quimper en 1721, 1727, cité dans dans la « Bio-bibliographie Bretonne » de Kerviler ; et son fils Sébastien-Mathurin GAZON DOURXIGNÉ, né en 1722 à Quimper, décédé en 1784, qui a publié un certain nombre de livres en vers et en prose (cherchez et vous trouverez un commentaire de DIDEROT à son sujet…) ; un troisième possible (si ce n’est le même que Mathurin déjà cité) le négociant quimpérois GAZON d’OURXIGNÉ qui est un des actionnaires de la Compagnies des Mines de Basse Bretagne à partir de 1732.

Par ailleurs il n’y a qu’un seul lieu-dit « Ourxigné/Oursigné » recensé par l’IGN, celui de Meslin. On cherche le lien avec les GAZON, installés à Quimper mais originaires de Rennes. Meslin n’est pas vraiment sur la route de Rennes à Quimper… « Leur » Ourxigné est-il celui de Meslin, et alors à quel titre l’utilisent-ils (le dernier BOSCHIER seigneur d’Ourxigné, conseiller au Parlement de Bretagne, décède en 1740). Ou y a-t-il un autre lieu-dit « Ourxigné » qui reste à identifier ?

C’est toute la joie des recherches : une question plus ou moins résolue amène d’autres questions qui…