L’hapax et La Croisée

Un hapax est un mot dont on n’a qu’un seul exemple, tel « AREPO » du célèbre palindrome carré romain

Hapax nominal car ici c’est une seule personne qui a porté ce nom.

J’ai découvert ce nom dans un acte de mariage qui a eu lieu le 29 novembre 1847 à Lamballe (Côtes d’Armor) : Onésime Dubois de Saint Gonant épouse Jeanne Alexandrine La Croisée dite du Préblanc Urvoit de Saint Mirel. Elle signe « Jeanne Alexandrine La Croisée du Preblanc Urvoit de St Mirel »

La Croisée du Préblanc

Archives des Côtes d’Armor

 

Tout apparaît ici comme un mariage parfaitement bourgeois.

La mariée n’a pas de parents nommés dans son acte de mariage mais un père adoptif : Henri Charles Urvoit de Saint Mirel.

A ce stade on imagine un homme qui n’a pas d’enfants de son mariage et qui adopte une nièce, ou une petite cousine, orpheline ou désargentée. Laquelle a accolé le nom de son père adoptif au sien.

Comme ses date et lieu de naissance sont indiqués sur son acte de son mariage, direction Lannion (Côtes d’Armor) le 23 octobre 1824 pour en savoir plus.

On y apprend qu’Alexis Olivier, mercier, âgé de 22 ans, et Théodore Guigné, poissonnier, âgé de 19 ans, s’étaient levés à 4h30 du matin pour aider à charger les mannequins de Marc Quelvennec(?), chapelier, qui allait à la foire de Guerlesquin. Ils ont entendu un enfant pousser des cris, ce qui les a attiré près de l’auditoire de la ville de Lannion. Là sur une des fenêtres ils ont découvert un panier avec un bébé.

L’officier d’état civil nous donne ensuite un descriptif précis « enfant de sexe féminin, placé dans un mauvais panier de clisse dans lequel se trouvait deux chemises de toile, un petit bonnet de soie brun et un de toile garni en dentelle, quatre drapeaux et une bande de toile avec trois mauvais morceaux de torchon, que le dit enfant était en outre revêtu d’habillement suivant, savoir un petit bonnet de toile garni de petite dentelle, et un de soie brun, un petit corset en flanelle blanc avec une petite chemise de toile, un drapeau de la même espèce, et une maillure d’étoffe brun foncé ». L’enfant est envoyée, avec ses effets, à l’hospice de charité. Et l’officier d’état civil lui attribue le nom de Jeanne Alexandrine La Croisée.

Libre à chacun d’apprécier l’humour de l’officier d’état civil. L’enfant ayant été trouvée sur le rebord d’une fenêtre, d’une croisée comme on pouvait dire à l’époque, il la nomme « La Croisée ».

On a l’explication pour le début et pour la fin de son nom en 1847. Reste « du Préblanc », pourquoi, comment cela est venu s’adjoindre à « La Croisée », mystère.

Ce que l’on sait par contre c’est que son père adoptif, Henri Urvoit de Saint Mirel, était magistrat à Lannion en 1824. On aurait envie d’émettre des hypothèses, mais pas de début d’esquisse de preuves…

Et ce que j’ai trouvé remarquable, c’est le soin dans la description des affaires qui entouraient l’enfant à sa découverte. Est-ce pour servir de preuve si on retrouvait la mère ? Ou pour que la mère puisse éventuellement retrouver l’enfant ?

Si vous avez une idée, elle est la bienvenue !

Kenavo

Publicités

La vie des noms de famille n’est pas un long fleuve tranquille…

Le Gué de La Rivière… cela pourrait être un titre bucolique, cela a aussi été un nom de famille.
Un nom de famille qui a bien évolué en 6 générations.

Ce nom apparaît à Château-Gontier, dans la Mayenne, dans les années 1730. Le premier connu est Charles Legué de La Rivière, né vers 1682, à un endroit qui reste à trouver. Il décède à Château-Gontier en 1764. Il a 2 fils, Isaac et Charles. Tous trois exerceront le même métier : entrepreneur de bâtiments, architecte.

Et que croyez-vous que l’on construise quand on s’appelle Legué de La Rivière ? Un pont !

L’abbé Angot, dans son « Dictionnaire de la Mayenne », indique que le pont de Craon fut construit en 1749 par Charles Legué de La Rivière, le père. Et que Charles, le fils, signa le procès verbal de l’état du pont de la ville de Château-Gontier en 1790. L’abbé Angot attribue aussi au fils le château de la Juquaise, à Saint-Laurent des Mortiers, en 1770 et le clocher de Daon au Concordat.

Si les deux premières générations sont quasi systématiquement nommées « Legué de La Rivière » dans les actes qui les concernent, pour autant ils signent « Legué »

Voir la signature de Charles Legué (1682-1764)

Charles Legué

Archives de la Mayenne

 

A partir de la troisième génération ils utilisent comme nom « Legué Larivière ».  On les trouve : percepteur, marchand mercier, pharmacien, marchand poëlier, teinturier… Et ils signent « Legué Larivière » comme Charles Jean Gaspard (troisième génération) né en 1766 :

Charles Legué Larivière

Archives de la Mayenne

A la quatrième génération on trouve Charles Auguste Legué Larivière, pharmacien à Sablé dans la Sarthe. Il est marié avec Jenny Thorel, qui a eu sa renommée en tant que peintre. A-t-elle réalisé des toiles bucoliques où l’on voit couler une rivière sous un pont ???

Ils ont un fils, cinquième génération, nommé lui aussi Charles Auguste. Il se marie en 1850 à La Flèche sous le nom de « Legué Larivière » mais signe « Larivière » (en haut) alors que son père utilise toujours « Legué Larivière » (au bas de l’image)

Charles Larivière 1850

Archives de la Sarthe

 

Et donc ce Charles Auguste Larivière, qui est gérant des ardoisières d’Angers, déclare ses enfants sous le seul nom de « Larivière ». L’aîné, encore un Charles, sera médecin à Angers, le cadet Gustave continuera la gestion des ardoisières. Tous les deux se marient à Paris sous le nom définitivement adopté de « Larivière ».

Croyez-vous que cela s’arrête là ? Eh bien non, le nom connaîtra encore un nouvel avatar. Mais cela se passe à la période contemporaine et ne concerne que les intéressés !

Vous pouvez retrouvez leur généalogie sur Geneanet.

En revanche, 3 Legué Larivière restent sur la rive. Je n’ai pas réussi à les relier avec les autres. Tous trois impliqués dans les événements de la Commune de Paris. Dont Charles Henri Legué Larivière condamné à la déportation simple en Nouvelle Calédonie en 1872 et qui y arriva en décembre 1873.

Kenavo !

Et retrouvez d’autres généalogies en Mayenne.